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L’avenir du hockey au Québec


 Par Daniel Vanier

Il arrive souvent qu’on se demande pourquoi nous retrouvons beaucoup moins de joueurs québécois qu’auparavant dans la LNH. Bien entendu, le hockey est de nos jours beaucoup plus international qu’il pouvait l’être dans les années 70 pour donner un exemple.

Cependant, cela n’explique pas tout. Pour parler de ce sujet plus en profondeur, Le 7e Match a eu la chance de pouvoir discuter avec un homme qui a touché à tous les niveaux au hockey : Michel Georges.

Un parcours des plus impressionnants

Lorsque nous mentionnons que Michel Georges a touché à tous les niveaux au hockey, c’est loin d’être faux. Laissons-le nous raconter son périple :

«J’ai d’abord coaché les élites 15 ans et le midget 2 A pendant 2 ans. Ensuite j’ai été dépisteur en chef pour les cataractes de Shawinigan. J’ai aussi écrit pour la NHL Central List qui était à l’époque la liste qui classait les espoirs pour le repêchage. J’ai aussi travaillé pour les Nordiques de Québec, car à l’époque on ne pouvait pas repêcher un joueur qui n’était pas sur la liste centrale. Ils m’ont engagé pour les aider avec les frères Stastny. J’ai ensuite travaillé avec Washington comme éclaireur. J’ai aussi travaillé avec Dave King pour l’équipe Olympique Caandienne. Ensuite, j’ai été directeur général des Foreurs de Val-d’Or pendant 7-8 ans. J’ai parti la concession là-bas. J’ai fini avec les Capitals de Washington comme recruteur.Après tout cela, j’étais fatigué. Je voulais revenir à la maison. Aujourd’hui je suis responsable des entraineurs du hockey mineur du secteur de LaSalle. »

Lorsque’on lui mentionne que c’est un parcours très impressionnant.
Michel Georges demeure humble et dit simplement : «J’ai eu la chance de côtoyer les bonnes personnes pour cela.»

Une de ces bonnes personnes était Ron Lapointe. Voici d’ailleurs ce que Michel Georges avait dit au sujet de celui qui l’a autant aidé alors qu’il allait être intronisé comme bâtisseur au temple de la renommée de la LHJMQ :

« Ron était un gars très loyal. Il respectait énormément ses collègues et ses amis. Il était prêt à aller à la guerre pour nous. Au hockey, il y a toujours quelqu’un qui t’ouvre les portes… moi c’était Ron. Il m’a aidé à devenir dépisteur chez les Cataractes, puis dépisteur-chef. Quand il a fait le saut dans la LNH, il a réussi à me dénicher un poste avec les Capitals, puis les Nordiques. Je lui dois beaucoup »

Moins de Québécois dans la LNH. À qui la faute ?

Parlons un peu de l’avenir du hockey au Québec, ou en fait, du nombre de plus en plus moindre des joueurs de hockey québécois dans la LNH. Le 17 janvier 2018, il y avait exactement 54 Québécois qui patinaient sur les glaces de la Ligue nationale. Le Journal de Montréal publiait en décembre 2015 que seulement 40 athlètes originaires de la Belle Province ont joué au moins un match dans le grand circuit cette année-là. Selon les statistiques recueillies sur le site officiel de la LNH, il s’agit d’une diminution d’environ 66 % par rapport aux 117 de 2000-2001, la saison la plus faste des 21 dernières années. Comment expliquer cette diminution ? Est-ce que la LHJMQ fait quelque chose de pas correct ? Michel Georges ne croit pas que ce soit le cas.

«Non. En partant, ce n’est pas la ligue le problème. J’ai travaillé dans la LHJMQ dans les années 80. À cette époque les propriétaires faisaient presque tout. Ron Lapointe en 1976 était coach, directeur général, etc etc. C’est juste pour dire que ce n’était pas lui qui vendait le pop-corn aussi. Aujourd’hui, tout est changé. Il y a plus d’entraineurs dans chacune des formations, des coachs de gardiens, de défenseurs etc. Des psychologues. C’est beaucoup mieux structuré. Je ne crois pas que c’est la ligue le problème».

Le problème vient du hockey mineur.

Lorsqu’on lui demande d’où vient le problème si ce n’est pas de la LHJMQ, Michel Georges est catégorique. Pour lui le problème provient sans aucun doute du hockey mineur :

« Le problème c’est dans les mineures. Lorsque les jeunes ont entre 9 et 16 ans. Dans toute chose il y a du bon et du mauvais, mais lorsque je regarde le nombre de joueurs québécois qui jouent dans la LNH aujourd’hui, je crois qu’on ne s’améliore pas. Le problème est que Hockey-Québec ne s’est pas ajusté.»

Les jeunes perdent espoir trop rapidement

Selon le responsable des entraineurs du hockey mineur à LaSalle, aujourd’hui les jeunes se font enlever l’espoir trop tôt.
«Aujourd’hui un jeune de 12 ans qui se fait couper du Pee-Wee 3A, il se dit c’est pas grave il va aller aux 2A. Ensuite l’année suivante il se fait encore couper . Alors, dès 13 ans il vit une déception. Il sait que pour jouer junior il faut généralement passer par le midget 3A donc passer Bantam 3A avant et Pee Wee 3A auparavant. Le jeune qui veut jouer LNH et fait pas les 3 lettres dans le Pee-Wee va perdre espoir vite. Auparavant il n’y avait pas de 3 lettres dans les catégories aussi jeunes. Chaque ville avait son petit 2A»

Hockey-Québec vend du rêve.

Il est vrai que si nous regardons la structure du hockey mineur d’aujourd’hui comparativement à celle des années 80, on s’aperçoit d’un détail très important. Les catégories d’équipes élites ont doublé et le nombre d’équipes a diminué.
Donc le premier point vient qu’on a instauré les catégories élites trop rapidement, mais aussi, il y a maintenant un trop grand nombre de catégories élites.

« Dans les années 90, le midget 3A n’existait pas. Cependant le problème principal est avec les équipes élites. En fait la pyramide se retrouve inversée aujourd’hui.»

Michel Georges a raison. si on regarde dans les années 90 le hockey était structuré ainsi :
Équipes élites :

2A
2B
2C

Total joueurs élites : 51 joueurs

Pour les autres équipes on retrouve 3 catégories
A
B
C

Total joueurs non-élites : Cela dépendait des années, mais c’était plus que 51

Aujourd’hui :
2 équipes 3 A
1 équipe 2A
1 équipe 2B

Total joueurs élites 68 joueurs

Autres équipes :
A
B
C
Total joueurs non élites: 60 joueurs

Une question d’argent ?

Lorsqu’on sait qu’il coûte beaucoup plus cher pour les parents d’inscrire son enfant dans le 3A que dans le 2A et que dans le 2A que dans le simple lettre, on se dit que Hockey-Québec est surement bien content et ne voudra pas changer la situation. Cela fait aussi que ce n’est pas nécessairement les meilleurs joueurs qui sont dans les catégories élites. Il coute entre 3000 et 4000$ pour jouer dans le 3A dépendamment de la région et cela n’inclut pas le voyagement.Parfois ce sont simplement des joueurs plus fortunés plutôt que plus talentueux qu’on retrouve dans ces équipes élites .Voici ce que dit Michel Georges à ce sujet :

«Les enfants viennent de plus en plus loin vu qu’il y a moins d’équipes avec les régions regroupées.Tu voyages plus, ça coûte plus cher.Malheureusement aujourd’hui dans le 3A tu n’as pas toujours les meilleurs joueurs. Il y a des parents qui ne peuvent pas payer tous ces voyagements. Disons qu’il y a 25 ans, même si ça coutait cher pour faire jouer ton enfant dans le hockey élite, c’était tout de même bien meilleur marché qu’aujourd’hui. C’est pas mal moins cher de faire faire du ski à ton enfant !»

Cela crée aussi plus de rêveurs. Un joueur qui joue dans les catégories élites croit plus en ses chances d’évoluer un jour dans la LNH qu’un joueur qui ne joue pas dans ces catégories. En quelque sorte, Hockey- Québec se retrouve à vendre du rêve.

Dans les années 80, il y avait environ 600 joueurs de hockey à Verdun. Aujourd’hui nous en comptons à peine 300. Pourtant dans les années 80 il y avait moins de catégories élites et maintenant que nous avons moins de joueurs, donc un moins gros bassin de talent, nous avons plus de catégories élites. Trouvez la logique là-dedans.

Donc en changeant ces deux petits points dans le hockey mineur, on pourrait fort probablement revoir un jour plus de Québécois dans la Ligue Nationale. Il faudrait revoir la structure du hockey mineur et cesser de focaliser sur l’argent au détriment du développement et surtout, du plaisir des enfants.Hockey-Québec devrait tenir compte des suggestions de véritables passionnés de hockey tel que Michel Georges. Des hommes qui, comme lui, ont dédié toute leur vie au hockey, doivent savoir de quoi ils parlent.

Il y a d’autres points qui doivent être revus aussi. Il faudrait vraiment s’asseoir et revoir le tout en profondeur.

Il n’ y a pas seulement Michel Georges non plus qui doit se faire entendre. Pensons à tous ces bénévoles qui ont mis des dizaines d’années et plus dans le hockey mineur , ceux qui sont parfois surnommés les rats d’aréna.

Donnons-leur la parole et écoutons-les. Peut-être ainsi verra-t-on un véritable changement dans notre hockey et il sera alors possible de voir plus de joueurs québécois sillonner les glaces de la LNH.

Le 7e Match tient à remercier Michel Georges de nous avoir accordé aussi généreusement de son temps. Malheureusement, des circonstances bien involontaires de notre part ont fait que cette entrevue a mis beaucoup plus de temps que prévu avant d’être finalement publiée. Nous tenons à nous en excuser auprès de notre chaleureux interlocuteur.

Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur Michel Georges, voici quelques informations supplémentaires à son sujet :

Résumé de la fiche de Michel Georges :

Avant 1994- Michel Georges est dépisteur chez les Cataractes de Shawinigan

-1994 Michel Georges est directeur général des Foreurs de Val D’Or

– 25 Mai 1999 Michel Georges est nommé directeur général des Voltigeurs de Drummondville .
Ensuite :
-Dépisteur avec les Capitals
-Recruteur avec les Nordiques
-Retour à la maison et est impliqué à tous les niveaux dans le hockey mineur.

Liens sur Michel Georges :

https://www.rds.ca/hockey/lhjmq/il-n-est-pas-toujours-suffisant-de-gagner-1.2875286

https://www.rds.ca/michel-georges-prend-la-destinee-des-voltigeurs-les-voltigeurs-de-drummondville-ont-un-nouveau-1.387928

sur Michel Georges et Ron Lapointe :
http://lhjmq.qc.ca/82352/

Lien sur les joueurs québécois :

https://www.journaldemontreal.com/2015/12/11/en-voie-dextinction

Crédit photo : luniversdemissy.centerblog.net, Journal Haute Côte Nord et Hockey-Québec

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