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Robin Lehner se confit sur sa maladie mentale


Par Nicolas Ganzer

Le 3 juillet 2018, Robin Lehner paraphe un contrat d’un an avec les Islanders de New York qui lui rapportera 1,5 million pour la saison 2018-19.

À ce moment-là, rien ne laissait supposer que le gardien de 27 ans venait de se faire offrir la chance d’une vie. Celle qui lui permettra de sauver sa carrière de joueur de hockey dans la LNH, mais aussi de sauver bien plus.

Dans un texte écrit sur le site TheAthletics, Robin a pris sa plume et a décidé de parler de sa situation à cœur ouvert. Son but ?

« Je ne partage pas mon histoire pour que les gens changent d’avis sur moi en tant que gardien professionnel. Je veux qu’elle serve à aider d’autres personnes. De la même façon que l’on m’a aidée. Je veux que ces gens-là sachent qu’il y a de l’espoir dans le désespoir, qu’une guérison est possible, qu’importe ton passé, aussi mauvais soit-il et, surtout, qu’il n’y a aucune honte à se faire aider dans cette bataille. »

Une lutte quotidienne

Lors du repêchage d’entrée de 2009, Lehner est choisi en 46e position par les Sénateurs d’Ottawa. En 2015, il prend la direction de Buffalo où il jouera jusqu’à sa signature avec les Islanders.

Pendant ce laps de temps, il joue régulièrement en LNH pendant sept saisons, avec des résultats et des performances en dents de scie, malgré un talent évident.

Et pour cause :

« De toute ma carrière, je n’ai jamais eu une saison où j’étais sobre . »

Sans savoir expliquer pourquoi, Robin passait par des périodes où il se sentait imbattable dans les cages, et d’autres où sa confiance était au plus bas. Il était en lutte permanente avec lui-même. L’alcool était son refuge, car l’alternative était bien plus sombre :

“Depuis le Nouvel An (2018), je me sentais vraiment mal, déprimé et ma consommation d’alcool a augmenté. Je buvais une caisse de bière par jour pour vaincre les démons dans ma tête et je prenais des pilules pour m’aider à dormir […] La pensée d’en finir une fois pour toutes… Elle était très réelle et très proche ! »

Lors du match du 29 mars 2018 contre les Reds Wings de Détroit, il fait une crise de panique à la fin du deuxième acte. Cela a été un électrochoc pour lui. Aidé par sa femme, son avocat et la direction des Sabres de Buffalo, il décide d’appeler « le programme » supporté par la LNH et la AJLNH (l’association des joueurs de la LNH) pour vaincre sa dépendance contre l’alcool.

Diagnostiqué bipolaire

À son arrivée au centre de désintoxication, il est mis dans une petite chambre pour se sevrer.

« Les médecins m’ont dit que mon sevrage était l’un des pires qu’ils avaient eu l’occasion de voir »

Des médecins qui très vite soupçonnent un autre problème que l’utilisation abusive de substances pour expliquer les difficultés mentales de Robin. Et pour cause :

« Je fus diagnostiqué bipolaire 1 avec phases maniaques. »

La bipolarité est une maladie qui est caractérisée par des troubles profonds de l’humeur. Elle comprend deux phases distinctes.

Lors d’une phase maniaque, un bipolaire souffre d’hyperactivité et sera euphorique pour tout, quitte à perdre toute inhibition. La phase dépressive en est le négatif. Robin l’explique dans ses propres mots :

« Quand je suis en phase maniaque, je me sens super bien, mais je prends beaucoup de décisions impulsives et je commets des erreurs dangereuses. Quand mes crises sont intenses, je me moque de toutes conséquences. Je me fous de tout ce qui m’entoure. Mon égo est à son paroxysme et ma personnalité change. Je pense être le meilleur en tout et toutes mes pensées sont les bonnes. Je suis, généralement, facile à côtoyer dans ces moments-là. J’ai beaucoup d’énergie et j’ai besoin de peu de sommeil. Je ne fais pas mon habituelle sieste d’avant match et ma confiance est à son top.

Puis, à l’inverse, il y a la phase dépressive, qui est l’enfer. Je ne peux pas effectuer des gestes simples de la vie de tous les jours correctement, sans de gros efforts. Si je dois absolument faire quelque chose, mais n’en ai pas vraiment envie, je ne le ferais pas. Ma famille ne m’importe pas. Rien ne m’importe. À ce stade, je suis paranoïaque. Je pense que tout le monde est contre moi et qu’ils veulent me faire du mal. Je suis tout le temps en colère, irrité et fatigué. Je souffre physiquement tous les jours. Je ne veux pas m’entraîner et je n’ai vraiment pas envie de jouer de match. »

 

Une nouvelle chance

Une fois sorti de l’établissement qui se situe en Arizona, Robin est un homme nouveau et sevré. Il doit cependant se replonger dans le monde du hockey n’ayant jamais joué sobre et surtout, avec sa condition de bipolaire.

De plus, les Sabres de Buffalo ont décidé de ne pas reconduire son contrat. Malgré cela, la relation entre Robin et le directeur général des Sabres, Jason Botterill, continue, même aujourd’hui.

Après plusieurs rencontres infructueuses et même frustrantes en raison de sa mauvaise réputation dans la ligue. Lou Lamoriello, le DG des Islanders, a décidé de lui laisser une chance :

 « J’ai eu deux super rencontres avec lui et, en y repensant, elles font partie des meilleurs moments de ma vie. Nous avons parlé de famille et de la vie. »

Quand Robin a signé son contrat, il fut soulagé, mais il avait caché son diagnostic à sa nouvelle équipe. Chose qu’il rectifia très vite :

 « J’ai finalement réussi à rassembler assez de courage pour leur en parler. À ma surprise, ils se sont montrés très compréhensifs sachant que j’aurais encore besoin d’aide de temps en temps. »

Une nouvelle qui va dans le bon sens, lui qui a fait souffrir sa femme et sa famille, quand il ne savait pas comment gérer sa condition autrement que par l’automédicamentation et l’alcool :

« Je suis prêt à vraiment être un mari et un père pour la toute première fois. Je suis finalement prêt à aimer et à être aimé.

Il est très conscient que cela ne sera pas facile :

« Maintenant que j’ai affronté ce qu’il y a derrière moi, il est temps d’affronter ce qu’il y a devant ! »

 

Vous pouvez lire le texte de Robin Lehner ici-même :

https://theathletic.com/522117/2018/09/13/islanders-goalie-robin-lehner-opens-up-about-his-addiction-and-bipolar-diagnosis-i-could-not-stand-being-alone-in-my-brain/

Crédit photo :  Len Redkoles/NHLI via Getty Images, Eyes on IslesBill Wippert/NHLI via Getty Image.

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