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John Carlson est un défenseur de système (et peut-être surestimé)



Par Guillaume Arcand

Mais quelle saison 2019-20 John Carlson a connu! Même si elle s’est terminée assez brusquement pour son équipe, le défenseur des Capitals a amassé 75 points en 69 seulement matchs. Si on reporte cette production sur une saison complète de 82 matchs, Carlson se serait inscrit à la feuille de pointage à 91 occasions. Toutefois, ces chiffres si reluisants et impressionnants cachent bien des choses, et sont loin de tout dire à propos de Carlson.

Des points, oui, mais…

Alors qu’il fêtait ses 30 ans au mois de janvier, c’est comme si Carlson décidait de s’offrir un petit cadeau de fête, qui est de connaître sa meilleure saison sur le plan offensif, et pourquoi pas, un trophée Norris avec ça. Malheureusement pour lui, cet honneur que tout le monde lui donnait au mois de janvier n’est jamais arrivé.

Je suis le premier à dire, et tous ceux qui ont expérimenté un match de hockey (même virtuellement seulement) savent que presque chaque point récolté par un joueur a nécessité quelque chose de positif, que ce soit une belle passe, une belle feinte, à un jeu bien pensé ou bien d’autre chose. Dans le cas du numéro 74, si on se fie à cette pensée sur les points, il en fait beaucoup de choses sur le jeu.

Cependant, regardez pour quelle équipe il joue. Le défenseur de 6’3 bénéficie de coéquipiers très talentueux qui sont en mesure de compléter ses jeux avec brio.

Jouer avec des joueurs de la trempe à Alex Ovechkin ou Evgeni Kuznetsov n’est pas nuisible pour la production d’absolument personne qui évolue avec eux. Le fait de former une unité sur l’avantage numérique d’une équipe qui peut se payer le luxe d’échanger Andre Burakovsky contre des choix au repêchage ne doit pas nuire.

Un défenseur de système

Ce n’est pas vrai que Carlson est un mauvais défenseur. Personne n’a jamais dit ça. Il s’agit d’un défenseur avec de belles qualités. Il a un bon flair offensif, il se porte à l’attaque toujours au bon moment et il a quand même de bonnes habiletés avec la rondelle.

Cependant, cela fait déjà un bail qui je me fie à ce qu’on lit souvent sur lui, c’est comme si, aux yeux de plusieurs, l’Américain de 30 ans mérite presque de voir son chandail être retiré par les Caps. Remettons les choses en perspective.

Pour avoir vu le célèbre numéro 74 quelques fois en action, il laisse lui-même croire qu’il a besoin d’une aide plus que significative de ses coéquipiers pour être en mesure de produire et de faire partie de l’équation. En avantage numérique, on peut facilement remarquer qu’il ne transporte pas la rondelle comme d’autres arrières aux gros chiffres.

En avantage numérique, il s’avance rarement plus loin que la ligne rouge centrale avant de passer la rondelle derrière lui. Et là j’en vois plusieurs répondre: ”Oui, mais il y a Alex Ovechkin, Nicklas Backstrom, Evgeni Kuznetsov, TJ Oshie et compagnie en arrière, c’est normal qu’il laisse le disque derrière lui.”, ce qui m’amène justement à un point bien important.

Si le choix de premier tour en 2008 des Capitals ne disposait pas de tels coéquipiers dignes de l’élite, comment il se débrouillerait face à plus de travail sale à accomplir? Est-ce qu’il serait vraiment en mesure d’être un élément clé sur le jeu de puissance, ou bien son impact diminuerait de façon drastique?

Est-ce qu’il remettait la rondelle dû au simple fait qu’il voulait faire impliquer ses coéquipiers, ou bien à cause du fait qu’il était un peu trop limité offensivement afin de transporter la rondelle en zone ennemie? C’est des questions qu’on est en droit de se poser.

Aussi, on peut noter que beaucoup de sa production vient des rondelles lancées vers le filet, qui ont ensuite été déviées ou reprises sur le retour par un pair. On dit de tirer la rondelle au filet le plus possible, et ça, le numéro 74 semble vraiment l’avoir compris.

Toutefois, je me répète, mais à quoi devrions-nous attendre de Carlson advenant le fait qu’il doit récolter des points par la simple action de diriger le disque vers le but adverse? En observant bien les matchs des Capitals, on peut clairement voir que la formation dirigée par Barry Trotz entre 2014 et 2018 est toujours en position de force à presque chacune des rencontres qu’elle prend part depuis longtemps.

Cela aide beaucoup celui qu’on considère le défenseur numéro 1 des Capitals, surtout quand on sait qu’il peut avoir beaucoup de temps avec le disque en zone ennemie considérant le fait que la formation adverse a la lourde tâche de surveiller Alex Ovechkin. Le moins qu’on puisse dire sur le jeu de Carlson, et on peut appeler ça une qualité, c’est qu’il sait comment profiter convenablement des avantages d’être un défenseur d’une aussi bonne formation.

N’oubliez pas qu’il y avait une époque pas si lointaine où l’ex-représentant des États-Unis au Championnat Mondial Junior en 2010 était un défenseur d’au mieux 50 points, lui qui n’a franchi ce plateau qu’une seule fois entre 2010 et 2017.

N’allez pas croire que le défenseur des Capitals est bien différent aujourd’hui qu’à l’époque.

Des séries éliminatoire 2020 révélatrices

Rappelez-vous, un système composé de bien de joueurs talentueux peu facilement à profiter à n’importe qui qui le comprend bien. Lors des plus récentes séries éliminatoires, Carlson a connu des moments difficiles.

Même s’il a réussi à récolter 6 points quand sa formation était loin de battre des records offensivement face aux Islanders, son différentiel de -11, en n’oubliant pas que cet affrontement n’a duré que 5 matchs seulement, ne fait que parler de lui-même.

C’est bien beau les points, mais le défenseur n’était vraiment présent sur le jeu à des moments bien critiques lorsqu’il a croisé le fer avec la formation de Brooklyn. Curieusement, ces sévères difficultés rencontrées par Carlson ont coïncidé avec la rencontre d’une équipe réputée à casser des systèmes adverses et qui parvient toujours à dicter leur rythme.

Je ne sous-entends pas que l’arrière de 30 ans est le seul problème ayant causé une série aussi désastreuse pour la bande à Ovi face à celle de Barzal. Chaque individu ayant pris part à cette guerre sous l’uniforme rouge de la formation basée dans le District de Columbia doit se regarder dans le miroir après une telle déconfiture.

Mine de rien, cet affrontement de premier tour entre les Capitals et les Islanders nous a permis de montrer à quoi ressemblerait John Carlson au sein d’une formation qui ne compte pas sur des joueurs de la trempe de Evgeni Kuznetsov ou Nicklas Backstrom, ou qui n’a pas un système qui le favorise autant. On ferait témoignage d’un défenseur moins productif, car il ne pourrait plus profiter du fait qu’il peut laisser ses coéquipiers monter la rondelle en avantage numérique, les points qu’il récolterait simplement en jetant la rondelle devant le filet serait définitivement moins fréquents et, car il serait facile à mettre en échec, son apport offensif fonderait comme de la neige au mois d’avril.

C’est ça, un défenseur de système, les amis. Et je me répète: John Carlson n’est pas un mauvais défenseur. Cependant, j’ai comme l’impression que beaucoup de choses de son jeu échappent à une bonne poignée de personnes quand je regarde l’opinion populaire autour de lui.

Que se passerait-il dans une équipe moins puissante?

Je pense bien qu’après le championnat de 2018, si le défenseur originaire de Natick au Massachusetts avait quitté les champions de la Coupe Stanley 2018 pour profiter de son statut de joueur autonome, sa perte n’aurait pas été si catastrophique pour les représentants de la capitale américaine. Il faut considérer que les 8 millions $ économisés par le départ de Carlson auraient permis à Brian MacLellan d’aller chercher du renfort pour pallier à sa perte.

N’étant pas la première option d’un club assez bien nanti en talent, je me demande ce qui se passerait dans un scénario où l’ex-porte-couleur du Ice d’Indiana dans la USHL serait dans un club où il serait le meneur offensif, dans une formation qui n’est pas aspirante à parader avec la Coupe Stanley, ou même les deux en même temps. Je crois qu’il serait capable de faire sa part offensivement dans ce genre de scénario, mais qu’il serait néanmoins assez loin de valoir le salaire qu’il gagne en ce moment, qui est de 8 millions $ par saison.

Si certains sont outrés d’avoir vu Roman Josi soutirer le trophée Norris à l’actuel protégé de Peter Laviolette, on n’aurait probablement jamais impliqué son nom dans les débats à l’honneur remis au défenseur de l’année dans la LNH s’il avait joué pou un club moindrement plus faible qu’un club ayant terminé au sommet de sa division presque toutes les saisons depuis 2016.

C’est difficiles de cracher sur un défenseur capable de récolter, d’une manière ou d’une autre, un point par match. J’ai moi-même mentionné que celui qui a joué une saison avec les Knight de London en 2008-09 mettait brillamment toutes les caractéristiques des systèmes imposés par ses entraîneurs à son avantage.

Par contre, ce que j’essaie de mettre en lumière, c’est que le travail derrière les points récoltés par Carlson n’est peut-être pas aussi grand que celui derrière ceux de Roman Josi, par exemple. Disons qu’il serait plus difficile de profiter aussi bien d’un système de jeu qui ne fait pas appel à des Nicklas Backstrom ou Evgeny Kuznetsov.

En résumé, John Carlson est un défenseur qui produit dans le système dans lequel il se trouve, et peut-être qu’il ne serait pas autant efficace dans un autre système. L’arrivée de Peter Laviolette et son style offensif risque de faire profiter Carlson plus que beaucoup d’autres style de jeu d’entraîneur qu’il a connu par le passé, et c’est tant mieux pour lui et son équipe. Cependant, je crois avoir exposé, mine de rien, pourquoi il n’a pas gagné le trophée Norris.

Crédit photo: The Hockey Writers, Stars and Stick, Five Thirty Eight, The Hockey Writers

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